Alexia, Thomas, Guirec et les autres : quand la course au large met en avant l'expérience et la durabilité
Alexia Barrier, Thomas Coville, Guirec Soudée : en 2026, la planète semble de plus en plus petite pour des skippers expérimentés à bord de bateaux... pas forcément les plus récents !
Alexia Barrier et son équipage 100% féminin viennent de réussir un exploit jamais réalisé autour du monde, Thomas Coville et ses « Sodeboys » s’emparent du Trophée Jules Verne tandis que Guirec Soudée tente un tour du monde en trimaran contre vents et courants. Ces marins d’expérience sur des bateaux… parfois (très) anciens démontrent que la performance pure peut rimer avec économie circulaire !

L’éternelle jeunesse des géants des mers
Véritable Graal de la course océanique, le Trophée Jules Verne récompense le tour du monde à la voile le plus rapide, sans escale ni assistance, par les trois grands caps, d’Ouessant à Ouessant. Depuis la première réussite de Bruno Peyron en 1993, bouclée en 79 jours, le record n’a été battu que neuf fois, pour plusieurs dizaines de tentatives infructueuses.
Début 2026, Thomas Coville s’est à nouveau inscrit dans cette histoire en améliorant de près de douze heures et en 40 jours le temps de référence établi il y a près de dix ans. Son trimaran de 32 mètres, mis à l’eau en 2019 et conçu spécifiquement pour cet objectif, incarne l’aboutissement de plusieurs décennies de recherche sur les multicoques océaniques. Pourtant, derrière ce record se cache une filiation technique révélatrice. Le précédent détenteur du trophée (en 2017), IDEC, n’était autre qu’un trimaran lancé en 2006 sous le nom de Groupama 3, devenu ensuite Banque Populaire VII. Ce bateau emblématique, vainqueur de trois Routes du Rhum et double lauréat du Jules Verne, continue de démontrer son potentiel après de nombreuses mises à jour.
C’est d’ailleurs à son bord qu’Alexia Barrier a établi, elle aussi début 2026, un temps de référence sur le tour du monde avec un équipage entièrement féminin. En 57 jours, cette performance se classe au sixième rang des meilleurs chronos de l’histoire de l’épreuve, confirmant qu’un bateau bien entretenu et régulièrement optimisé peut rester compétitif au plus haut niveau.

Des marins d’expérience !
Si les évolutions technologiques expliquent une partie des performances, le facteur humain demeure central. La génération actuelle des skippers de la classe Ultim illustre parfaitement cette réalité. Alexia Barrier, 46 ans, Thomas Coville, 57 ans, ou encore Charles Caudrelier, Antony Marchand et Armel Le Cléac’h affichent des parcours riches de plusieurs décennies de navigation océanique. À l’exception notable de Tom Laperche, 28 ans, la majorité de ces marins ont construit leur carrière bien avant l’ère des foils et des capteurs embarqués.
Cette accumulation d’expérience se traduit par une capacité à exploiter pleinement des plateformes techniques complexes, mais aussi à tirer le meilleur de bateaux qui ne sont plus de première jeunesse. Dans la course au large, le jeunisme n’est pas une valeur en soi ; la connaissance de la mer, la gestion de l’effort et la lecture des situations restent des atouts déterminants.
Guirec Soudée, l’aventure au service de la performance
Autre illustration frappante de cette logique, le projet de Guirec Soudée engagé en 2026. Son objectif est ambitieux : réaliser en solitaire un tour du monde par les trois caps à l’envers, contre les vents dominants et les courants, en multicoque. Un défi que personne n’a encore relevé, le record de référence ayant été établi il y a plus de vingt ans en monocoque par Jean-Luc Van Den Heede.
Pour cette tentative, le skipper a fait le choix d’une plateforme éprouvée. Son trimaran, aujourd’hui baptisé MACSF, est l’ancien Sodebo Ultim’ lancé en 2014. À sa construction déjà, ce bateau intégrait des éléments issus du mythique Geronimo d’Olivier de Kersauson, mis à l’eau en 2001. Cette filiation technique illustre une réalité souvent méconnue : dans la course au large, les bateaux sont rarement conçus ex nihilo. Ils évoluent, se transforment et se transmettent, prolongeant leur vie sportive bien au-delà de leur première campagne.
Le recyclage, une constante de la course au large
Historiquement, la course au large a toujours été un laboratoire d’innovation. Nouvelles formes de carènes, appendices de plus en plus sophistiqués, matériaux composites de pointe : chaque génération de bateaux repousse les limites. Pourtant, derrière cette quête permanente de performance, une autre logique s’est toujours imposée, dictée autant par les budgets que par l’expérience : celle du recyclage et de l’optimisation des plateformes existantes.
Coques en carbone, mâts, voiles, bras de liaison ou foils sont régulièrement inspectés, réparés, renforcés ou adaptés à de nouveaux projets. Les victoires obtenues par des bateaux ayant déjà plusieurs saisons de course à leur actif sont nombreuses et témoignent de l’efficacité de cette approche.
Pour autant, ces exemples vertueux ne doivent pas occulter une réalité plus large. La course au large reste une activité à forte empreinte environnementale. Les données publiées par la classe IMOCA mettent en évidence une augmentation significative de l’empreinte carbone des bateaux de dernière génération, en grande partie liée à l’utilisation massive de fibres de carbone vierges et de résines thermodurcissables.
Face à ce constat, le secteur a commencé à évoluer. Pour la première fois, des règles sportives intègrent explicitement des objectifs de réduction de l’impact environnemental. La classe IMOCA impose désormais une trajectoire de baisse des émissions liées à la construction des bateaux neufs, évaluée à l’aide d’analyses de cycle de vie. La performance ne se mesure plus uniquement en nœuds et en milles parcourus, mais aussi à l’aune de la capacité à limiter l’empreinte globale d’un projet.


