Quand les scientifiques sifflent la fin du jeu des "attaques d'orques" à Gibraltar...
Depuis 2020, la zone du détroit de Gibraltar est devenue dangereuse pour les bateaux. En cause, des orques un peu trop curieuses qui s’en prennent aux appendices des navires. Attaque ? Jeu ? Vengeance ? Les hypothèses ont été nombreuses mais, aujourd’hui, les scientifiques apportent une explication à ce phénomène et surtout une solution pour le contrer…

« Attaques » d’orques : des faits et des intox
Le 29 juillet 2020, une information attire l’attention : neuf orques s’en sont prises à un voilier de 46 pieds au large de Gibraltar. A bord se trouve Victoria Morris, diplômée en biologie, qui apporte un témoignage édifiant : « le bruit était vraiment effrayant. Ils enfonçaient la quille, il y avait cet écho horrible, je pensais qu’ils pouvaient faire chavirer le bateau. Et ce bruit assourdissant alors qu’ils communiquaient en sifflant. Et la scientifique de continuer sur cette attaque qui semble « totalement orchestrée ». Relayée par The Guardian, l’information va faire le tour du monde en quelques jours. Ce n’est pas la première « attaque » mais elles se succèdent rapidement. 52 en 2020. Et un peu plus de 200 par an depuis. 799 à ce jour !
Un jeu ? Oui, mais un jeu dangereux !
Les orques s’en prennent plutôt aux safrans des voiliers de moins de 20m. Les animaux finissent par les arracher entrainant, au mieux, l’impossibilité de continuer à faire route, au pire, une voie d’eau. Les scientifiques qui étudient ces animaux sur la zone n’utilisent pas le terme « d’attaque » qui impliquerait une volonté de nuire, mais celui d’interaction. La zone de ces interactions entre orques et bateaux est très large, puisqu’elle va du large de la Bretagne jusqu’au détroit de Gibraltar.
Devant les dégâts causés à de très nombreux bateaux et l’émoi suscité, plusieurs protocoles ont été proposés par les différentes autorités. Parfois contradictoires les uns des autres… Heureusement, après plusieurs années de recherche, les scientifiques ont – semble-t-il, compris le phénomène et proposent maintenant une conduite à tenir en cas d’interaction avec ces orques.
Renaud de Stephanis (président et fondateur de l’institut de recherche sur les cétacés CIRCE) est formel : « nous sommes (le collectif de scientifiques) tous d’accord : c’est un jeu. Les orques - quasiment toujours des juvéniles – s’amusent avec les bateaux. C’est un jeu, mais un jeu dangereux, et quand vous voyez arriver un ou des animaux de cette taille qui commencent à secouer votre bateau, je comprends que les navigateurs se sentent attaqués et même en danger. Mais ce jeu, on sait aujourd’hui comment l’arrêter ».
Comment réagir si des orques s’approchent de votre bateau ?
C’est bien beau de se dire que les animaux de la zone de Gibraltar n’en veulent pas aux humains, ne se vengent pas d’un mauvais comportement d’un pêcheur ou d’avoir été blessés par l’hélice d’un bateau (certaines de ces théories ont fleuri dans la presse). Mais quel comportement tenir face à des orques de plusieurs tonnes qui foncent sur notre bateau et qui commencent à s’en prendre au safran ? S’arrêter et tout affaler ? Enclencher le moteur et partir au plus vite ? Jeter du sable ou du gasoil autour du bateau ? Balancer des pétards ou des feux à mains vers les orques ? Ou encore faire appel à la technologie en immergeant des pingers, ces systèmes audios censés faire fuir les animaux marins ?
A la question de savoir comment réagir face à des orques, Renaud de Stephanis, qui les étudie dans cette zone depuis 1996 a une première réponse d’une logique implacable :
« Quand la météo annonce une tempête, vous faites quoi ? Vous esquivez la zone dangereuse. Et bien c’est pareil avec les orques. On sait où elles sont et elles bougent assez peu de leur zone de chasse dans la journée (moins de 2,5km). Nous avons des boucles Telegram qui indiquent où sont les orques. Depuis octobre 2022 aucun de ceux qui nous suivent via ce réseau - et ils sont 2000 à ce jour – n’a eu à subir d’attaques. Alors c’est simple, vous évitez la zone et vous n’aurez quasiment aucune chance d’être embêté… ».
Et si on se retrouve quand même avec une bande d’orques qui course notre voilier, quelle est la bonne conduite à tenir ?


