Le Titanic, victime d’une aurore boréale ?
Si vous lancez une discussion sur les naufrages célèbres, nul doute que celui du Titanic arrivera inévitablement en tête de liste. Il faut dire que la catastrophe a défrayé la chronique à l’époque, et qu’elle n’a eu de cesse de continuer à le faire jusqu’à aujourd’hui. La preuve avec une étude britannique qui propose une explication originale à l’un des naufrages les plus meurtriers de l’histoire…
10 avril 1912 : le Titanic quitte les quais de Southampton pour son voyage inaugural. Ce bateau est né de la volonté de son armateur, la White Star Line, de créer un navire capable de rivaliser avec le luxe et la rapidité des bateaux de la Cunard Line, les Lusitania et Mauretania. Dès 1907, il a été prévu de lancer trois sisterships, tous construits au chantier naval de Harland & Wolff à Belfast. Le premier sera l’Olympic. Puis, devront être mis à l’eau le Titanic et enfin le Gigantic (qui finalement prendra le nom de Britannic). Comme c’est souvent le cas à l’époque, les plans sont dessinés directement par le bureau d’études du chantier. Le directeur général est en charge de tout valider. Il s’agit d’Alexander Montgomery Carlisle. Sa spécialité ? Les dispositifs de sauvetage à bord des paquebots. Il est clairement l’homme de la situation et est assisté par Thomas Andrews, architecte naval de formation. Ce dernier prendra la succession de Carlisle en 1910, quand celui-ci claquera la porte du chantier et prendra sa retraite. La légende – et il y en a beaucoup autour de l’histoire du Titanic – veut que Carlisle ait décidé de se retirer après une réunion houleuse entre les commanditaires des paquebots et le bureau d’études. Carlisle voulait 66 canaux de sauvetage sur chacun des trois paquebots. Les navires ayant été conçus comme insubmersibles – une conception révolutionnaire à l’époque -, avec de nombreuses cloisons étanches, un refus catégorique lui a été signifié. Il aurait alors préféré prendre sa retraite que de valider les projets en l’état…
La construction de l’Olympic commence en 1909, suivi quatre mois plus tard de celle du Titanic. L’Olympic est lancé le 20 octobre 1910. Le Titanic, le 31 mai 1911. 100 000 personnes sont présentes à l’événement… Mais le lancement d’un paquebot de croisière ne signifie pas la fin des travaux. Plus de 3 000 techniciens et artisans s’affairent alors à bord pour réaliser le plus beau, le plus sûr, le plus extraordinaire des navires. Le Titanic aura couté la bagatelle de 1,5 millions de livres, soit environ 150 millions de dollars d’aujourd’hui. C’est cher, mais on peut faire mieux : la construction de l’Harmony of the Seas aurait coûté 1 milliard de dollars en 2016…
Un voyage inaugural sous le signe de la festivité
Nous sommes donc le 10 avril 1912 et le Titanic va s’élancer pour son voyage inaugural. La White Star Line a bien fait les choses et la « réclame » présentant le bateau comme insubmersible a fait mouche. Le bateau est complet, de la première à la troisième classe. De nombreuses personnalités ont embarqué pour « être » de la première traversée. Il faut dire qu’il s’agit là d’un véritable événement aussi bien technique que mondain.
Après deux escales à Cherbourg et à Queenston (Irlande), ce sont 1324 passagers et 889 membres d’équipage qui se lancent à travers l’atlantique direction New-York.
Un naufrage à cause d’un iceberg ?
L’histoire retiendra que le Titanic a fait naufrage dans la nuit du 14 au 15 avril 1912 après avoir heurté un iceberg. 1500 personnes ont perdu la vie dans ce qui reste la catastrophe maritime la plus meurtrière en période de paix…
Cette histoire est connue. De nombreux livres, plusieurs films – dont le célébrissime, cultissime et kitchissime Titanic de James Cameron – ont relaté la chronologie de faits bien établis aujourd’hui.
Mais voilà qu’une étude britannique parue dans Weather, le journal de la Royal Meteorological Society, vient semer le trouble. Jusqu’à aujourd’hui, on pensait que le navire, fonçant à plus de 20 nœuds dans le brouillard, avait heurté un iceberg que les hommes de veille n’avaient aperçu que trop tard.
Ce soir-là pourtant, plusieurs témoignages, des officiers à bord des bateaux situés aux alentour immédiat du Titanic, des survivants dans les canots de sauvetage et du second du Carpathia qui vint à leur secours, ont confirmé que le soir du 14 avril, aux alentours des coordonnées 41° N et 50° O, des aurores boréales illuminaient le ciel de l’atlantique nord.
Ces aurores boréales sont des spectacles magnifiques et assez fréquents. Selon Wikipédia, ces phénomènes sont dus à « l’interaction entre les particules chargées du vent solaire et la haute atmosphère. » Habituellement, ces phénomènes sont visibles dans les régions proches des pôles magnétiques (entre 65° et 75° de latitude – soit bien plus au Nord que là où se situait le Titanic). Mais voilà, on sait aussi aujourd’hui de manière certaine, qu’en cas d’activités magnétiques solaires intenses, les aurores boréales peuvent être vu bien plus au sud, certaines ayant même été aperçues au niveau de l’équateur.
Lors des grandes éruptions solaires, d’importants flux de particules arrivent jusqu’à nous. Le champ magnétique terrestre nous en protège en les déviant, ce qui créé les émissions de lumières des fameuses aurores boréales.
Mais ces orages magnétiques – surtout les plus importants - ne sont pas sans conséquence : ils influent notamment sur les communications (dont les ondes passent dans la haute atmosphère appelée ionosphère) et le fonctionnement des outils de navigation, comme les boussoles…
Un naufrage dû aux aurores boréales ?
L’étude britannique parue dans Weather, explique que le soir du naufrage, il y avait donc des aurores boréales. Et que celles-ci ont forcément eu des conséquences sur les communications et la précision des instruments de navigation. On y apprend ainsi que les coordonnées envoyées par le Titanic aux navires alentours pour signaler qu’il était en perdition, étaient erronées. Or, depuis la veille du naufrage, le Titanic avait reçu plusieurs messages d’autres bateaux sur zone, indiquant des icebergs et growlers nombreux, et précisant les coordonnées de ces dangers pour la navigation. Le manque de précision des instruments de navigation dû à la tempête magnétique en cours, comme le montre la présence d’aurores boréales, ont donc très bien pu envoyer le Titanic sur un iceberg, alors que le commandant de bord pouvait légitiment imaginer que ces dangers étaient parés…
Dernier point soulevé par l’étude parue dans Weather : plusieurs bateaux qui étaient situés dans les environs, et plusieurs radioamateurs pourtant en ligne au moment du SOS, n’ont rien entendu et n’ont donc pas pu prévenir ou venir en aide rapidement. Là encore, la raison des brouillages des ondes radios pourrait être la tempête magnétique. La tragédie n’aurait peut-être pas pu être évitée, mais si les secours étaient arrivés plus tôt, il aurait été possible de sauver plus de vie…
Si les aurores boréales et la tempête magnétique solaire qui l’a créées n’ont pas éventré la coque du Titanic, elles ont peut-être eu une incidence importante sur la catastrophe et surtout sur son bilan incroyablement lourd…
Si les aurores boréales ne sont pas plus fréquentes à cause du dérèglement climatique, elles sont plus souvent visibles, même sous nos latitudes, du fait d’une activité solaire et d’éruptions plus nombreuses ces dernières années. Attention lors de vos prochaines navigations…





