Ce vacarme humain qui menace les narvals…
Face au dérèglement climatique, à la fonte de leur glace protectrice, les narvals de l’Arctique sont en danger. Mais c’est une nouvelle menace qui vient d’être relevée par une étude : le bruit des hommes et de leurs machines est devenu tellement assourdissant que les cétacés cessent de communiquer et de se nourrir, mettant en péril leur survie même.
Ce monde du silence… qui ne l’est plus !
Pour le narval (Monodon monoceros), l’ouïe est bien plus qu’un sens : c’est son principal outil de survie dans les eaux sombres de l’Arctique. En émettant jusqu’à mille cliquetis par seconde, ces cétacés (aussi appelés « licornes des mers » à cause de leur unique corne qui peut être vraiment impressionnante) utilisent l’écholocalisation pour repérer leurs proies à des centaines de mètres de profondeur ou pour trouver les fissures dans la glace pour pouvoir remonter et respirer. Le monde du silence cher au commandant Cousteau les a toujours protégés. Mais ça, c’était avant ! L’Arctique se réchauffe au moins trois fois plus vite que le reste de la planète. La fonte des glaces ouvre désormais des routes maritimes autrefois inaccessibles aux cargos et autres tankers, aux flottes de pêche, aux navires de croisière ou même de plaisance.

Le mutisme comme réponse au stress
Une étude menée par l’Institut d’océanographie Scripps et l’ONG Oceans North a mis en lumière un comportement alarmant des narvals étudiés dans le détroit d’Eclipse, au Canada. Les chercheurs ont en effet remarqués que les animaux s’astreignent à un silence radar total, cessent d’émettre des sons ou s’éloigne aussi vite que possible dès qu’un navire entre dans un rayon de 20 km autour d’eux. Mais ce n’est pas tout : lors d’un passage de navire, ils interrompent leurs plongées profondes vers les fonds marins, leur principale activité pour se nourrir, lors du passage des navires. Enfin, il semble que leur seuil de tolérance soit bien plus faible qu’anticipé. Les narvals réagissent à des distances bien plus grandes que ce que les scientifiques prévoyaient.
Si l’étude démontre avec précision que le passage de bateaux – même à des distances importantes des animaux – perturbe énormément leur comportement, le bruit ambiant est pointé comme un phénomène à suivre et à contrôler. « Nos eaux sont beaucoup plus bruyantes qu’elles ne l’étaient traditionnellement », explique Alex Ootoowak, un chasseur inuk ayant participé à l’étude. Il craint, par exemple, que les narvals n’abandonnent définitivement leurs zones de mise-bas traditionnelles pour des eaux plus calmes. Mais où sont donc ces eaux plus calmes ?
L’urgence d’une vraie régulation
Le trafic maritime ne cesse de croître dans le monde entier. Une étude publiée par l’IFREMER en 2014 démontrait que la hausse de la présence en mer de bateau à quadruplé entre 1992 et 2012… La hausse de ce même trafic a augmenté de 300% dans l’océan Indien pendant la même période. En Arctique, le nombre de pétroliers a doublé ces dix dernières années. Quant aux méthaniers, qui transportent le gaz naturel liquéfié, ils n’étaient que 44 à se risquer dans ces eaux en 2014 contre 120 en 2024. Les estimations les plus cohérents annoncent que le bruit sous-marin pourrait encore quadrupler dans les eaux Arctiques d’ici 2030 !
Il est donc urgent d’agir, pour les narvals, mais aussi pour toutes les autres espèces qui souffrent de cette pollution sonore bien réelle. Des solutions technologiques faciles à mettre en place existent et ont démontrées leur efficacité.
Réduction de la vitesse : C’est la stratégie la plus efficace. Elle réduit le bruit, (et en plus la consommation de carburant) et le risque de collisions mortelles avec les cétacés. C’est le combo parfait : moins de bruit, moins de pollution, moins d’animaux tués et gain financier pour les armateurs.
Conception des navires : L’installation d’hélices plus silencieuses, une meilleure isolation des moteurs et un entretien régulier des coques. C’est un investissement qui est aussi intéressant car il permet aussi de réduire la consommation des navires.
Enfin création et protection de « corridors bleus » : plusieurs associations (dont le WWF) demande à l’Organisation Maritime Internationale (OMI) d’imposer le contournement des routes migratoires clés empruntées par les narvals, les bélugas et les baleines boréales. A noter que certaines courses au large comme le Vendée Globe ont mis en place des zones interdites pour éviter les collisions avec les Objets Flottants Non Identifiés qui sont, le plus souvent, des cétacés.
Sans une réaction rapide et volontaire des pays, de l’OMI et des armateurs comme des donneurs d’ordres, la faune de l’Arctique en particulier, mais aussi celle de tous les océans qui subit cette pollution sonore encore trop invisibilisée, pourrait en souffrir bien plus que des autres pollutions. Un comble !


